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Managers, préparez votre déconnexion estivale
Le 8/07/26
Les vacances approchent, et vous êtes peut-être de celles ou de ceux qui se répètent cette petite phrase pour se rassurer : « Je boucle deux ou trois trucs et j’y suis. » Les deux ou trois trucs sont en fait quarante-sept. Et « j’y suis » veut dire « je pars à 23 h la veille de mes vacances », la tête remplie de projets non aboutis, et l’ordinateur portable rajouté in extremis dans votre valise. Pourtant, l’heure est enfin venue de la déconnexion !
Drôle de paradoxe, quand on y pense. Pour se reposer, on court un dernier sprint, épuisant. La dernière semaine avant le départ, c’est un final de série avec un énorme cliffhanger, sauf que le héros au bord du gouffre, c’est vous. Résultat : vous commencez vos vacances à bout de souffle.
C’est pourquoi, nous avons sélectionné quelques conseils. Loin de nous l’idée de faire de vous un moine tibétain, notre intention est plus modeste : partir léger, laisser votre équipe tourner sans vous, et revenir en forme, pour de vrai. Servez-vous un café. On vous explique tout ici.
Cet article peut, à certains moments, grossir les traits et porter quelques exagérations. Heureusement, tout le monde ne ressemble pas à ce manager à bout de souffle. La réalité est souvent bien plus nuancée.
Bonne lecture.
1. La grande passation, ou l’art de ne pas être irremplaçable
Une vérité pas facile à entendre, pour commencer. Si votre entreprise s’écroule parce que vous partez quinze jours, le souci n’est pas vos vacances. C’est votre façon de travailler le reste de l’année. La bonne nouvelle c’est qu’une passation bien faite, fait toute la différence, et c’est le plus beau cadeau que vous puissiez vous offrir.
Le syndrome du pompier pyromane
Toute l’année, on peut être du genre à centraliser pour « pour aller plus vite ». On garde les infos, on répond à la place des autres, on devient le point de passage obligé de tout le monde. Et puis un matin, à J-5, on réalise avec un frisson qu’on est le seul humain sur Terre à savoir où se trouve le fichier client, pourquoi personne ne rappelle jamais Kévin de la compta, et quel est le mot de passe du compte partagé. Ce n’est pas « motdepasse123 », évidemment. C’est « Motdepasse123! », avec la majuscule et le point d’exclamation, sinon ce serait trop simple.
Malheureusement, vous avez allumé vous-même l’incendie de votre indispensabilité, et vous voilà en train de jouer les pompiers.
La règle des trois questions
Lors de la passation, pour chaque dossier en cours, résistez à l’envie d’écrire quarante pages que personne ne lira. Trois questions suffisent :
- Où on en est : en une phrase, tout simplement.
- Quoi ensuite : le prochain domino à faire tomber, avec sa date.
- Qui décide quoi : ce qui peut se trancher sans vous, et à partir de quel montant ou de quel risque il vaut mieux attendre votre retour.
Trois lignes par dossier, pas plus. Et si vous n’arrivez pas à résumer un projet en trois lignes ? Ça veut souvent dire une seule chose : le dossier est encore un peu flou dans votre propre tête.
Nommer un capitaine (et le dire tout haut)
Le relais ne se devine pas. Il se déclare. Désignez officiellement la personne qui tient la barre, dites-le à l’équipe, dites-le aussi aux clients et aux partenaires. Et surtout, donnez-lui le droit à l’erreur. Un relais qui a peur de décider va vous appeler pour tout, y compris pour savoir s’il peut commander des trombones.
Alors soyez limpide : « Tu décides. Si ça part de travers, on rattrapera ensemble à mon retour, et personne ne va en mourir. » Vous n’imaginez pas le poids que cette phrase enlève. Des deux côtés.

2. La gestion du temps : renoncer, c’est gagner
L’illusion préférée du manager sur le départ, c’est de croire qu’il va « tout finir avant de partir ». Personne n’a jamais tout fini. Le travail, c’est du sable : vous en enlevez une pelletée, le trou se rebouche tout seul. Donc, sur les derniers jours, oubliez l’idée de terminer. Votre vraie mission, à ce stade, c’est de trier.
La matrice de celui qui part
Vous connaissez sûrement la matrice urgent/important. En version pré-vacances pour une déconnexion optimale, elle se résume en ces quatre nouvelles catégories :
- Ce qui explose si je ne le fais pas : à faire avant de partir, point final.
- Ce qui peut être fait par quelqu’un d’autre : à confier au « capitaine » avec un mode d’emploi.
- Ce qui peut attendre trois semaines : direction la liste « à mon retour », qu’on oublie aussitôt.
- Ce qui n’aurait jamais dû être sur la liste : à supprimer sans remords, personne ne le remarquera jamais.
Le plus amusant, c’est de voir combien de tâches « ultra urgentes » filent d’elles-mêmes dans la catégorie « à supprimer ».
La technique de la fausse deadline
Petite ruse à s’appliquer à soi-même. Fixez votre vraie fin d’activité un jour avant le départ réel. Vous partez en vacances vendredi ? Pour votre cerveau, le dernier jour de travail, c’est mercredi soir. Le jeudi devient un fantôme. Un coussin. C’est là que vous encaissez l’imprévu, que vous traitez le mail qui tombe forcément au pire moment, et que vous rangez votre bureau au lieu de le laisser dans un état de scène de crime. Sans ce coussin, le dernier jour vire au chaos. Et le chaos se glisse souvent dans la valise.
*Pour ceux qui veulent ralentir, lisez notre article “slow business = better business”.
Le mail de 18 h qui peut attendre 18 jours
Il se passe quelque chose de curieux à l’approche des congés : la terre entière se découvre soudain des demandes très urgentes qui dormaient pourtant depuis des mois. Apprenez par cœur la plus jolie phrase du management : « Je regarde ça à mon retour, sauf si tu me dis que ça ne peut vraiment pas attendre. » Ainsi c’est celui qui crée l’urgence qui doit l’assumer. Neuf fois sur dix, cela peut attendre.

3. Stress et lâcher-prise : lâcher le volant sans quitter la route
Voici deux ou trois idées pour convaincre votre cerveau de se mettre sur pause. Parce qu’un cerveau qui continue de tourner la nuit, c’est un peu comme une clim qu’on aurait oublié d’éteindre en partant. Ça tourne, ça consomme, et ça ne rafraîchit personne.
La liste anti-rumination
Le stress d’avant-départ carbure surtout à une peur : « Je vais forcément oublier quelque chose. » Et votre cerveau, très serviable, vous ressort donc l’angoisse à 3 h du matin, sueurs froides en plus. La parade est presque trop simple pour être honnête : videz-vous la tête sur du papier.
Tout ce qui traîne, tout ce qui vous inquiète, tout ce que vous « devriez » penser à faire. Notez-le. Une pensée écrite arrête de tourner en boucle dans le crâne. La liste, elle, ne dort jamais. Vous, si. Et c’est justement le but.
Le pire scénario, regardé en face
Lâcher prise, ce n’est pas se répéter « tout va bien » les dents serrées. Ça, c’est du déni.
Le vrai lâcher-prise, c’est de regarder le pire scénario droit dans les yeux et de constater qu’on y survit. Un client mécontent ? Il attendra, ou le capitaine le rappellera. Une décision prise sans vous qui n’est pas tout à fait la vôtre ? Elle sera sans doute bonne à 85 %, et les 15 % qui manquent se corrigent au retour. Une catastrophe totale et irréversible, pile pendant vos deux semaines ? Ça n’arrive quasiment jamais.
Respirer, pour de vrai

Quand la boule au ventre revient, inspirez sur quatre temps, bloquez sur quatre, soufflez sur six. Toute l’astuce tient dans l’expiration plus longue que l’inspiration : c’est le petit bouton « off » de votre alarme intérieure. C’est gratuit, ça marche même dans les bouchons du grand départ, et personne autour de vous ne se doutera que vous êtes en train de saboter tranquillement votre propre poussée d’adrénaline.
Le rituel de bascule
Votre cerveau aime les signaux clairs. Offrez-lui un petit rituel qui trace nettement la frontière entre le manager et la personne que vous êtes en vacances. Fermez physiquement l’ordinateur et rangez-le là où vous ne le voyez plus. Envoyez un dernier message à l’équipe. Puis enchaînez sur une action résolument non professionnelle : une balade, une série, un verre de vin… Vu de l’extérieur, ça paraît anodin. Mais votre inconscient, lui, prend ce petit théâtre très au sérieux.

*Lire aussi : pour ceux qui s’intéressent au sujet de la santé mentale au travail, nous abordons dans cet article 5 clefs pour améliorer et préserver la santé mentale des collaborateurs.
4. Déconnexion : votre téléphone n’est pas un organe vital
Vous avez beau avoir délégué comme un chef, trié comme un pro et respiré comme un yogi, si vous consultez vos mails toutes les deux heures au bord de la piscine, vous n’êtes pas en vacances. Vous êtes en télétravail avec un joli décor. Ce n’est pas du tout de la déconnexion. Et croyez-nous, votre famille l’a remarqué. Elle vous regarde faire.
Le mythe du « juste un coup d’œil »
« Je jette juste un œil vite fait. » Ça n’existe pas, le coup d’œil vite fait sur une boîte mail pro. Un mail lu, c’est un mail qui vous trotte dans la tête tout le reste de la journée. Vous croyez gagner du temps ? En fin de compte, vous rapatriez le bureau entier dans votre crâne, avec le bruit des vagues en fond sonore. Ce « petit coup d’œil » se paie cash dans les six heures qui suivent, en distraction et en agacement diffus. Ça a un prix, autrement dit, et il est bien plus salé qu’on ne l’imagine.
Poser les règles AVANT de partir
La déconnexion se décide à froid, tranquillement. Choisissez votre niveau à l’avance, et annoncez-le clairement :
- Le total : injoignable, le capitaine gère, on ne vous appelle qu’en cas d’incendie réel.
- Le raisonnable : une fenêtre unique de vingt minutes, disons le lundi matin, pour balayer l’essentiel, puis on referme.
- La ligne d’urgence dédiée : un numéro réservé aux vraies crises, SMS ou appel, pendant que le mail reste fermé.
Le piège classique, c’est le mail « au cas où ». Un mail n’est jamais une urgence : si c’en était une, on vous appellerait. Alors séparez bien vos deux canaux. Le téléphone pour les vraies crises. Le mail pour le bruit, qu’on laisse gonfler tranquillement dans son coin. Vous le viderez au retour, en commençant par la fin d’ailleurs : les problèmes vraiment graves se seront réglés tout seuls entre-temps, ou auront trouvé un autre moyen de vous joindre.
Pour ceux qui « doivent » travailler un peu
Soyons francs : certains d’entre vous vont travailler un peu pendant les congés, par choix ou pas. Si c’est votre cas, ne subissez pas. Cadrez. Un créneau fixe et court, une heure le matin, si possible. Un endroit dédié, ni le transat ni le lit, une table lambda fera l’affaire. Et une fin nette.
Le vrai poison n’est pas dans l’heure de travail elle-même, mais dans le fait de travailler « un peu tout le temps ». De n’être jamais complètement au boulot ni complètement en repos. Ce brouillard-là n’avance rien et ne repose personne. Alors tranchez : soit vous travaillez, soit vous vous reposez. Mais pas les deux à moitié en même temps.
Le retour aussi, ça se prépare
Dernière astuce. Ne rentrez pas un dimanche soir pour reprendre le lundi à 8h pile. Cet atterrissage en catastrophe annule la moitié des bénéfices de vos congés en une seule matinée. Si vous le pouvez, gardez une journée tampon à la maison avant la reprise. Et bloquez votre première matinée de travail en réunion… avec vous-même : aucun rendez-vous, juste le temps de trier la boîte mail et de retrouver votre équipe. Le monde a tenu deux semaines sans vous. Il tiendra bien une matinée de plus.

Le mot de la fin sur la déconnexion (et le vrai secret)
S’il ne fallait garder qu’une idée de tout ça, la voici : préparer ses vacances, ce n’est pas en faire plus, c’est décider de ce qu’on ne fera pas. Renoncer à finir. Renoncer à tout tenir. Renoncer à être irremplaçable. Pour un manager, dont le métier consiste justement à faire arriver les choses, cette déconnexion est presque contre nature. Et pourtant. Partir l’esprit léger, c’est exactement l’art de faire tourner la machine sans vous.
Le vrai secret, nous le gardons pour la fin. La meilleure préparation de vacances ne commence pas la dernière semaine. Une équipe qui sait décider des dossiers qu’un autre que vous peut ouvrir et comprendre, des infos qui ne dorment pas seulement dans votre tête : tout ça se construit toute l’année. Autrement dit, vos prochaines vacances se préparent dès demain matin. Mais bon, chaque chose en son temps. Là, tout de suite, vous avez surtout des valises à faire.
Bonnes vacances !
FAQ — Déconnexion pendant les vacances
– Comment préparer sa passation avant de partir en vacances ?
Résumez chaque dossier important et urgent en trois points : où on en est, quelle est la prochaine étape, et ce qui peut être décidé sans vous. Nommez ensuite officiellement un capitaine, informé et présenté aux clients et partenaires, qui pourra trancher pendant votre absence.
– Faut-il rester joignable pendant ses vacances quand on est manager ?
Non, pas en continu. L’essentiel est de choisir un niveau de déconnexion à l’avance et de l’annoncer clairement à l’équipe : injoignable sauf urgence réelle, une fenêtre courte et fixe pour balayer l’essentiel, ou une ligne dédiée aux vraies crises pendant que la messagerie reste fermée.
– Comment se déconnecter réellement du travail pendant les congés ?
En séparant nettement les canaux : le téléphone pour les urgences avérées, la messagerie pour le reste, qu’on laisse s’accumuler sans y toucher. Un rituel de bascule clair en fin de dernier jour de travail (ordinateur fermé et rangé, message d’absence envoyé, activité non professionnelle enchaînée) aide aussi le cerveau à basculer réellement en mode repos.
– Comment bien reprendre le travail après les vacances ?
En évitant l’atterrissage brutal : prévoir si possible une journée tampon avant la reprise, et bloquer le premier matin de travail sans aucun rendez-vous pour trier la boîte mail et reprendre son rythme en douceur.
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