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Comment préserver l’énergie de son équipe en période d’incertitude ?

Ou pourquoi manager en 2026 n’a plus rien à voir avec une to-do list bien ordonnée.

Le 14/01/26

Au programme de cet article :

Bonnes résolutions 2026… vraiment ?

Janvier. Ce mois un peu étrange où l’on est censé revenir reposé, motivé, prêt à “attaquer l’année” avec une énergie neuve. Sur le papier, tout le monde a pris ses bonnes résolutions. En réalité, beaucoup de managers regardent surtout leur agenda déjà saturé et se demandent comment ils vont tenir ne serait-ce que jusqu’à Pâques.

Maintenant soyons honnêtes : dans un contexte d’incertitude permanente, de complexité croissante et de pression diffuse, parler de « bonnes résolutions managériales » peut vite ressembler à une injonction de plus. Comment promettre plus de performance, plus d’engagement, plus d’innovation… quand les équipes sont déjà fatiguées, inquiètes voire parfois franchement désabusées ?

Et si la vraie question à se poser n’était pas :

« Que voulons-nous accomplir cette année ? »,

 mais plutôt : « comment préserver l’énergie de son équipe sur le long terme ? ».

Car préserver l’énergie de son équipe n’est pas juste un « bonus » sympathique dont on se dit « bah oui, c’est sûr, c’est mieux si on peut le faire ».

C’est le carburant essentiel pour un collectif performant car sans énergie, même la meilleure stratégie restera lettre morte.

Ainsi, préserver l’énergie de son équipe est devenu un enjeu central du management moderne. Et cela suppose une posture managériale plus fine, plus humaine, qui articule à la fois le management individuel et le management collectif, sans oublier un acteur central souvent oublié, laissé de côté : le manager lui-même.

perte d'énergie au travail

L’incertitude a ceci de redoutable qu’elle ne crie pas toujours. Elle s’installe doucement, s’infiltre dans les esprits et transforme des équipes solides en collectifs sur la défensive.

Ce n’est pas forcément la charge de travail qui épuise le plus.

C’est l’impossibilité de se projeter.

De comprendre où l’on va.

Et surtout pourquoi.

Quand les règles changent en permanence, que les priorités évoluent, que les décisions semblent parfois tomber “d’en haut”, le cerveau reste en alerte, sur le qui-vive.

Or un cerveau en alerte consomme énormément d’énergie.

Résultat : les collaborateurs donnent l’impression de fonctionner normalement, mais en réalité ils roulent sur la réserve.

Le manager se retrouve alors face à des signaux parfois discrets :

  • moins de prise d’initiatives,
  • des réunions plus silencieuses,
  • des tensions inutiles,
  • une forme de retrait poli.

Rien de spectaculaire, mais une érosion continue de l’élan collectif. Dans ces moments-là, “mettre la pression” ou empiler des objectifs est rarement la bonne réponse.

Le manager se retrouve alors en première ligne pour préserver l’énergie de son équipe, sans toujours disposer des bons repères.

management humain et durable

Face à cette réalité, une erreur fréquente consiste à vouloir “gérer le stress” de l’équipe. Comme si le stress était un problème ponctuel, presque technique.

En réalité, ce qui est en jeu est bien plus profond : il s’agit de réguler l’énergie, individuelle et collective. Ce sont les ressources que l’on manage et notre ressource ici c’est l’énergie, pas le stress.

Manager l’énergie, c’est déjà s’intéresser à ce que les équipes font, mais surtout comment elles se sentent en le faisant. C’est accepter que la performance durable ne repose pas sur une succession de sprints, mais sur :

  • la capacité à doser l’effort,
  • à créer des temps de respiration, de récupération,
  • à redonner du sens quand tout devient flou.

Cela ne transforme pas le manager en thérapeute, ce qui n’est pas son rôle. Mais cela lui confère une responsabilité essentielle : être le chef d’orchestre du climat de travail.

Bonne nouvelle, cela s’apprend ☺️.

1- Prendre soi de soi (oui vraiment)

Vous connaissez l’adage : « charité bien ordonnée commence par soi-même ».

C’est souvent là que le bât blesse. Beaucoup de managers ont intégré l’idée qu’ils devaient “tenir”, coûte que coûte. Être solides comme un roc, disponibles, rassurants, même quand eux-mêmes doutent ou sont épuisés.

Le problème, c’est qu’un manager à bout de souffle ne peut pas durablement insuffler de l’énergie à son équipe. Il peut donner le change un temps… mais il finira par craquer.

  • Prendre soin de soi, pour un manager, commence par un geste simple mais puissant : faire la différence entre ce qui dépend de lui et ce qui ne dépend pas de lui.
    A ce titre, je vous invite à vous intéresser au fameux Cercle d’influence du conférencier américain Stephen Covey, ça permet de remettre l’église au milieu du village ! Tout porter est épuisant mais tout vouloir maîtriser, contrôler, l’est encore plus. Accepter certaines zones d’incertitude, c’est déjà économiser une énergie précieuse.
  • C’est aussi s’autoriser de vrais temps de respiration. Pas forcément des retraites spirituelles (quoi que, pourquoi pas), mais des moments sans réunions, sans sollicitations, où l’on peut réfléchir, prendre du recul, retrouver de la clarté.
  • C’est aussi savoir ne pas rester seul : le partage entre pairs, l’appui d’un coach ou d’un mentor sont autant de soupapes indispensables dans un rôle souvent exercé en apnée.

2- L’énergie du manager, miroir de celle du collectif

L’énergie du manager est un sujet de MANAGEMENT, pas un sujet de développement perso.

Son niveau de fatigue, son stress, sa manière de réagir en situation tendue ont un impact direct sur l’efficacité et le bien-être de l’équipe. Un manager constamment sous pression devient plus impatient, plus directif, ou à contrario plus silencieux, absent, déconnecté de son équipe.
Et ces signaux-là, les collaborateurs les perçoivent très, très bien.

1- Comprendre les réactions individuelles face à l’incertitude

Dans un contexte anxiogène, le réflexe managérial peut être de traiter tout le monde de la même manière, au nom de l’équité. Pourtant, l’incertitude n’affecte pas les individus de façon uniforme. Certains ont besoin d’être rassurés, d’autres de comprendre en détail, d’autres encore de conserver une grande autonomie pour ne pas se sentir enfermés.

Préserver son équipe, c’est savoir ajuster sa posture.

2- Reconnaissance et écoute comme leviers d’énergie

Le management individuel consiste précisément à ajuster sa posture, sans tomber dans le favoritisme. Cela passe d’abord par des temps d’échange de qualité avec chacun. Pas uniquement des points d’avancement, mais de vrais moments où l’on peut parler du ressenti, du vécu, des sources de fatigue, de ce qui motive encore malgré le contexte.

Des questions simples mais sincères peuvent déjà faire la différence :

  • “qu’est-ce qui te pèse le plus en ce moment ?”
  • “qu’est-ce qui t’aide à tenir ?”
  • « qu’est-ce qui te manques ? »

Cela permet au collaborateur de se sentir vu, reconnu, et au manager d’adapter son soutien. Bien sûr, cela nécessite une vraie écoute, empathique, dénuée de jugement.

Un autre levier puissant est la reconnaissance. En période incertaine, les résultats ne sont pas toujours immédiats. Reconnaître l’effort, la capacité d’adaptation, l’entraide, permet de nourrir l’énergie même quand les indicateurs ne sont pas au vert.

management collectif

1- Donner de la lisibilité dans un contexte flou

Si le management individuel est indispensable, il ne suffit pas. Car l’énergie se joue aussi — et beaucoup — au niveau du collectif. Un collectif mal régulé devient rapidement un amplificateur d’angoisse : les rumeurs circulent, les frustrations s’additionnent, le pessimisme se banalise.

À l’inverse, un collectif bien animé peut devenir une véritable ressource. Encore faut-il que le manager joue pleinement son rôle de régulateur. Donner de la lisibilité est ici fondamental. Même quand tout n’est pas clair — et c’est souvent le cas — expliquer ce qui est su, ce qui ne l’est pas encore, et comment les décisions seront prises, est infiniment plus rassurant que le silence radio.

2- Le collectif comme levier d’engagement

Ritualiser des temps collectifs utiles est également clé.
Pas des réunions “en plus”, mais des espaces où l’équipe peut prendre du recul, partager ses ressentis, célébrer ce qui fonctionne. Une simple “météo d’équipe” en début de réunion peut parfois faire plus pour l’énergie collective qu’un long discours.

Enfin, le manager a un rôle essentiel dans la régulation émotionnelle du groupe. Nommer les tensions, reconnaître les inquiétudes, poser un cadre d’échange respectueux évite que les non-dits ne s’installent et ne sapent durablement la dynamique.

*Pour aller plus loin, je vous ai dégoté une sketchnote très bien faite sur la sécurité psychologique : #sketchnote : L’outil N°1 (selon Google) pour performer en équipe – BLOCULUS.

préserver la motivation des équipes

L’un des pièges les plus courants consiste à basculer excessivement d’un côté ou de l’autre. Trop d’attention portée aux individus peut fragmenter le collectif. Trop de décisions prises uniquement au niveau du groupe peut invisibiliser les fragilités individuelles.

L’enjeu pour le manager est donc d’arbitrer en permanence.
Qu’est-ce qui relève du collectif ? Le sens, le cap, les règles communes, la cohésion.
Qu’est-ce qui relève de l’individuel ? Les rythmes, les besoins, les vulnérabilités, les angoisses.
Et surtout : qu’est-ce qui doit être ajusté maintenant, dans ce contexte précis ?

Ce travail d’équilibriste est exigeant, mais c’est précisément là que se joue la maturité managériale.

Préserver l’énergie de son équipe dans l’incertitude n’est pas une compétence “nice to have”. C’est, dans notre contexte anxiogène, un marqueur fort du leadership. Un manager capable de créer de la sécurité, de la clarté et de l’élan, même quand l’environnement est instable, est un atout stratégique majeur pour toute organisation.

Cela implique de renoncer à certaines illusions — comme celle des bonnes résolutions toutes faites — pour s’ancrer davantage dans la réalité et le concret. Cela suppose aussi du courage : celui de se regarder soi-même, d’ajuster ses pratiques, de reconnaître que le management est avant tout une aventure humaine.

Et si l’on devait formuler une seule résolution managériale pour 2026 (aller, on ne peut pas s’en empêcher), ce serait peut-être celle-ci : prendre soin de l’énergie en priorité, la performance suivra (et non l’inverse).

Maëlle Leclerc chef de projet au sein de Cinaps, cabinet conseil en innovation managériale


Maëlle Leclerc 
– Chef de projet Cinaps.

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